Les Communs, posons les bases
Ce document est issu d’un atelier proposé en octobre 2024 aux rencontres du E-Tourisme à Pau, animé par Stéphane Branquart (Teritorio) et Jean-Baptiste Soubaigne (La MONA). Une trace de la conférence initiale est filmée). Le contenu initial est en « CC-BY-SA 4.0 ». Ce contenu est légèrement remanié, la même licence s’applique. Vous pouvez vous servir de ce contenu pour présenter les communs, et vous appuyer au besoin sur la conférence filmée.
Ce que l’on en disait il y a 20 ans…
**Années 2001 : la bulle internet explose et les utopies libertaires d’internet avec (déjà). **
En 2001, Wikipédia se crée.
En 2004, OpenStreetMap se crée, en même temps qu’un certain Google Maps (2005).
En 2009, Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie pour son analyse de la gouvernance économique des (biens) communs.
Le “prix Nobel d’économie” désigne, en réalité, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel.
Un commun, c’est pas banal
De quoi parle-t-on ?
Le bien commun est un concept moral et général : “œuvrer pour le bien commun”, c’est agir pour l’intérêt général.
Par biens communs, on désigne toute ressource dont l’usage et la préservation concernent l’ensemble des personnes ayant accès à cette ressource.
L’air que nous respirons, par exemple, ne peut être la propriété et l’usage d’une seule personne. Nous respirons tous le même air.
Il en va de même pour les océans, les forêts, l’espace public, le génome humain, les savoirs et la connaissance.
Mais en réalité, pour que ces “biens communs” le soient vraiment, il faut ajouter une dimension essentielle :
la gouvernance par une communauté ouverte.
« Les (biens) communs, ou tout simplement communs, sont des ressources gérées collectivement par une communauté. Celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver et de pérenniser cette ressource. »
— notesondesign.org
Exemple ancien : les Prud’homies

« Les Prud’homies, organisations de pêcheurs professionnels dont les premières traces datent du Xe siècle, sont garantes de la régulation de la pêche côtière. À la fois communautés de petits pêcheurs, organisations professionnelles et cadres réglementaires des activités, les Prud’homies sont partie ancestrale de la vie du littoral méditerranéen. »
— letsfoodideas.com - voir un film de 5 minutes
Les quatre dimensions interreliées du commun
Les communs reposent sur quatre piliers :
La ressource
La communauté
Les règles (faisceaux de droit)
La gouvernance
Nous allons souligner l’importance des règles (faisceaux de droit) et de la communauté.
C’est dit
« Le concept de (biens) communs permet de libérer l’action économique d’une approche tiraillée entre “plus d’État” et “plus de privé”.
Centrée sur les ressources, c’est une économie qui se construit sur la gestion collective et la préservation des ressources, plutôt que sur la compétition pour leur exploitation.
Par cela, les communs redonnent du pouvoir et de l’autonomie aux citoyens, et prennent en compte l’interdépendance de l’ensemble des parties prenantes et de la ressource gérée.
Il n’y a pas un modèle économique imposé aux communs, mais des principes qui guident la gouvernance et la création de valeur issue de l’usage d’une ressource. »
— L’Assemblée des Communs
« Il n’y a pas de commun sans « commoners». (…) Il n’y a pas de commun sans agir en commun. » New to the Commons ?, David Bollie « Les communs sont beaucoup plus que de biens partagés, comme nous avons pu le voir, ceux sont des institutions qui donne la capacité à des personnes de gouverner collectivement des biens et des services.
Cette capacité est politique dans la mesure où elle permet aux membres de la communauté de prendre part à la discussion et à l’élaboration des règles et à l’usager de devenir actif puisqu’il la possibilité de gérer les ressources, ou du moins la capacité de les contrôler.
Le propre des communs consiste alors à associer l’ensemble des partis prenantes à la gestion d’un bien commun. » — ELINOR OSTROM, par Edouard Jardin
Les niveaux du gouvernement des communs

Pour prolonger :
🔗 Assemblée des Communs
🔗 Coop des Communs
🔗 Le Bien Commun – Ouvrages
La renaissance des Communs
Les communs ont une longue histoire à travers le monde, mais ils ont été chassés des territoires et des imaginaires :
Par les enclosures (Angleterre, XVIIe–XIXe s.), par le (non) partage des biens Communaux en France (à partir de 1793)
Par les colonisations, qui ont supplanté les gestions autochtones des ressources
À partir des années 1980, des anthropologues (notamment aux États-Unis) étudient la gestion des ressources naturelles par les populations locales.
Elinor Ostrom re-légitime les communs et démontre leur efficacité pour gérer durablement les ressources, mieux que les modèles purement publics ou privés.
Son prix Nobel (2009) met un grand coup de projecteur sur le concept.
Les travaux d’Ostrom coïncident avec l’essor :
des cultures numériques libres (logiciels libres, licences Creative Commons),
des communs numériques,
et de l’open science.
Depuis, la pensée des communs :
irrigue l’écologie politique et l’économie sociale et solidaire,
propose une troisième voie entre État et marché,
interroge la propriété au profit du droit d’usage,
ouvre des pistes pour l’économie de la fonctionnalité.
Propriété privée — Communs — Propriété publique
État — Communs — Marché
L’enjeu : articuler les communs avec le droit et les institutions existantes, à toutes les échelles — de la planète à la commune.
La route est longue, la voie est libre.
Pour prolonger :
🔗 Mouvement des enclosures (Wikipedia)
🔗 Elinor Ostrom (Wikipedia)
🔗 Les Communs d’Abord
🔗 Vidéos des communs
Quels communs pour les organismes de gestion de destination, les collectivités territoriales, les associations avec une mission pour le territoire ?
Objectif : développer, lier, préserver

Deux communs numériques, et peut-être un commun de proximité ? :
OpenStreetMap
Wikipédia
OpenStreetMap (OSM)
Base de données cartographique ouverte la plus exhaustive au monde.
En 2024, OSM a obtenu le statut de “bien public numérique” auprès de la Digital Public Goods Alliance (DPGA), initiative soutenue par l’ONU.
Outil clé pour la gestion de crises majeures (Croix-Rouge, ONGs, Humanitarian OpenStreetMap Team).
Enseignée dans l’éducation (SNT au lycée, université).

En 2004 avec les données ouvertes disponibles, voici (ci-dessus) ce que l’on pouvait représenter. Alors les pionniers d’OSM prirent les routes avec leurs GPS… “On va cartographier le monde “rue après rue”
Comme ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils le firent. …
Et aujourd’hui, partout dans le monde

🔗 OSM 2008
🔗 OpenStreetMap – Pau
🔗 OpenStreetMap – São Paulo
🔗 State of the Map France 2024
Quizz rapide – OSM, un commun ?
Question |
Réponse |
|---|---|
Ressource à préserver ? |
La base de données géolocalisée mondiale (+9 milliards de données). |
Commoners ? |
10 millions de comptes, 3 millions d’actifs, 2,5 millions de modifications quotidiennes. |
Règles et faisceaux de droits ? |
Oui, via la licence ODbL, la Fondation OSM, les groupes de travail et une régulation communautaire. |
Ouverture ? |
Oui, tout le monde peut contribuer et réutiliser librement les données. |
🔗 Guide pratique de la licence ODbL (Fédération OSM France, 2024)
🔗 OSM Foundation
Quelle utilité pour les Organismes de gestion de Destination (OT, ADT…) et autres acteurs du territoire ?
Améliorer la qualité d’une donnée largement réutilisée.
Compléter les données des SIT plutôt que dupliquer.
Collaborer localement (OT, collectivités, associations, habitants).
Réduire les silos de données.
Questionner les licences : ODbL favorise le repartage versus Licence Ouverte (LO).
🔗 CartoGuide – Exemple d’usage
🔗 Teritorio & OpenTourismeLab – Article
Wikipédia, l’autre grand commun
Créé en 2001, Wikipédia existe aujourd’hui en près de 300 langues, avec :
58 millions d’articles,
plus de 300 000 contributeurs actifs chaque mois,
plus d’un milliard d’appareils touchés chaque mois.
C’est un commun numérique :
Ressource : le contenu, sous licence Creative Commons.
Gouvernance : fondation, chapitres locaux, groupes de travail.
Régulation : modération, sanctions, débats ouverts.
Organisation : polycentrique.
🔗 Creative Commons
🔗 Wikimedia Foundation
Utilité pour les OGD
Contribuer à la rédaction de contenus (ex : patrimoine).
Interroger et intégrer des contenus via liens dynamiques.
Enrichir la médiathèque Wikimedia Commons.
Accueillir un wikipédien en résidence.
Deux communs, des différences
Élément |
OpenStreetMap |
Wikipédia |
|---|---|---|
Origine |
Européenne |
États-unienne |
Budget 2024 |
640 000 £ |
170 M$ |
Salariés |
1 (OSMF) |
~700 |
France |
OSM France : bénévoles |
Wikimédia France : 13 salariés |
Dons |
Majoritairement en nature mais économie de service |
Campagnes de dons massives |
Gouvernance |
Écosystème distribué |
Fondation centralisée |
Influence |
Faible lobbying |
Forte capacité institutionnelle |
Les communs de proximité
La respiration locale
Un commun de proximité :
Est une initiative citoyenne et auto-gouvernée,
Vise le service de l’intérêt général, avec un accès ouvert,
Est ancrée dans son territoire et respecte les écosystèmes.
Exemples : tiers-lieux nourriciers, maisons de santé, fablabs.
Ces initiatives peuvent relier habitants et visiteurs, et inspirer des formes de coopération territoriale.
🔗 Les Communs de proximité – Éditions Science et Bien Commun (2024)
🔗 Vidéo – Les Communs
🔗 Ouvrage Quae – Les Communs
Synthèse de l’atelier (en trois slides)
Les communs, un inconnu malgré lui
Les communs, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre
Pour prolonger
Les communs, un inconnu malgré lui
Les communs ont une très longue histoire.
Ils ont été expulsés de nos imaginaires malgré leur rôle essentiel sur les territoires physiques et numériques.
Ils renvoient à des biens communs, loin des outils propriétaires.
Les communs, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre
Un commun, c’est bien structuré :
une ressource,
une communauté,
des règles,
une gouvernance.
À l’heure de la souveraineté de nos données et de l’utilité publique des acteurs des Territoires, les communs sont toujours là.
Pour prolonger
Sites Web / Ressources en ligne
Ouvrages
Édouard Jourdain, Elinor Ostrom, Le gouvernement des communs, Éd. Le Bien Commun / Michalon, 2022.
Collectif, Les communs, un autre récit pour la coopération territoriale, Éd. Quae, 2022.
Collectif, Les communs de proximité, Éd. Science et Biens Communs, 2024 (version électronique).
Document produit par Jean-Baptiste Soubaigne (MONA) et Stéphane Branquart (Teritorio)
Licence Creative Commons CC-BY-SA 4.0
© 2024 – MONA / Teritorio
Comment on y va ?
Posture
Acculturation
Premiers pas
Pas à pas
Respiration
Échecs
Lâcher-prise